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À la découverte d’Isaac Muga, directeur technique de Bodegas Muga

10/11/2020 Entretiens

Muga de troisième génération, sans aucun doute, le vin coule dans les veines d’Isaac Muga. Baptisé du même nom que son grand-père, fondateur du projet viticole familial en 1932 dans le légendaire Barrio de la Estación, épicentre des Bodegas de Haro (Rioja), il est actuellement responsable de la direction technique des Bodegas Muga. Tout un savoir-faire qui, dans le respect de la tradition, a permis à l’une des caves les plus anciennes et les plus raffinées de La Rioja s’adapter aux nouvelles technologies et de figurer parmi les plus grands producteurs de vin.

Isaac Muga

Bodegas Muga est un projet dans lequel toute la famille est impliquée depuis sa création, quel est le secret pour rester unis en poursuivant un même objectif ?

Ils nous ont toujours inculqué le travail en équipe et appris à défendre le bien commun. Nous l’avons vu à la maison tous les jours. La relation entre mes parents et mes oncles a été un exemple à suivre. Ils ont toujours montré l’exemple.

Du même nom que le fondateur de Bodegas Muga, quelle qualité pensez-vous avoir héritée de votre grand-père ? 

Sans aucun doute la persévérance, le sens du relationnel et l’amour pour notre entreprise qui représente toute notre vie.

Outre la formation dans différentes régions viticoles telles que Bordeaux, l’Alsace, la Champagne, le Languedoc et l’Australie, votre père Isacín a sûrement été votre grand professeur. Lequel de ses conseils vous a été le plus utile dans votre vie professionnelle ?

« Fils, le client ne se laisse décevoir qu’une seule fois, ne le déçois donc JAMAIS. Produis toujours de la qualité, de la qualité et encore de la qualité. Notre devise est de faire un peu mieux chaque jour »

Une partie essentielle du travail de Muga est réalisé dans les champs, de tous les vignobles que vous travaillez, lequel préférez-vous et pourquoi ?

Cette question est un peu difficile pour moi car je ne peux pas vous dire lequel je préfère car chaque vignoble a une âme propre. En tant que vignobles d’âge moyen, je vous dirais que mon vignoble préféré est La Loma à Ollauri, un vignoble de 20 ans qui nous apporte beaucoup de joies. En ce qui concerne les vieux vignobles, ceux de Villalba de Rioja sont merveilleux, mais j’aime en particulier le vignoble de Los Surcos en raison de sa complexité. Bien que, comme vous le savez, pour le moment Muga n’a pas opté pour des vins de vignobles uniques puisque nous avons toujours misé sur les assemblages.

– Vous exportez 50 % de vos ventes. Des pays comme les États-Unis, le Canada et le Royaume-Uni vous ouvrent grand leurs portes. Qu’est ce que les pays étrangers apprécient tant dans vos vins ?

Je crois que nous sommes honnêtes avec ce que nous proposons, nous donnons le meilleur de nous-même dans chaque vin que nous produisons, et si un type de vin en raison de la récolte n’est pas bon, nous NE le commercialisons PAS. Nos clients sont très sensibles à cette sincérité. La plus belle chose qu’un client nous ait jamais dite est « Je choisis Muga parce que je sais que je ne me trompe pas ». Pour un œnologue, c’est le meilleur que vous pouvez entendre.

Actuellement, les vins légers, avec une intervention minimale, sont à la mode. Sachant que l’une des caractéristiques principales des vins Muga est le bois, comment combiner de nouveaux goûts sans perdre l’identité propre de la cave ?

Chaque jour, nous en apprenons davantage sur le bois, plus j’en apprends sur le bois, moins j’en sais. Ce dont nous sommes certains, c’est qu’un long vieillissement donne de grands vins et qu’il faut choisir un bois qui accompagne le vin et qui le transcende. Toutes ces années nous avons appris sur les temps de séchage, les origines, la chauffe, les temps de vieillissement… Cela nous a conduit à fusionner le bois avec le vin et à exprimer son potentiel. Chaque cave doit apprendre chaque jour et évoluer avec les goûts, mais la « touche » que nous lui donnons est toujours indéniable. 

Haro-Paris-Londres, c’est ainsi que la légende du vin de La Rioja a commencé à se forger il y a quelque temps. Quels sont, selon vous, les avantages et les inconvénients de la bonne réputation de La Rioja au niveau international ? 

Nous avons l’un des plus grands potentiels d’Espagne pour produire des vins de la plus haute qualité et de nombreux vins de la Rioja font partie de l’élite des vins du monde entier. Mais, en même temps, d’autres établissements vinicoles « exploitent » le bon nom de Rioja et nuisent à la réputation et au travail que d’autres établissements vinicoles ont créés. Le seul moyen de lutter contre cette situation difficile est de continuer à vendre de la qualité. De cette manière, ils ne nous battront jamais. Utilisez notre renommée pour éduquer le consommateur et savoir différencier chaque produit de la « Rioja » dans sa juste mesure. TOUS LES VINS DE LA RIOJA NE SE VALENT PAS.

Nombreuses sont les caves qui font leur chemin dans d’autres régions viticoles. Avez-vous déjà envisagé d’essayer de produire des vins dans une autre région du monde ? Si oui, quel est l’endroit qui vous attire le plus ?

Nous avons eu, à de nombreuses reprises, l’occasion de quitter la Rioja mais au final, pour une ou l’autre raison, nous n’avons jamais voulu nous étendre à d’autres régions car nous estimons que notre travail dans la Rioja n’est pas terminé et nous ne voulons pas diviser nos efforts. Pourtant, comme d’autres grandes caves espagnoles, nous aurions aimé conquérir Bordeaux et pendant un certain temps nous avons visité de nombreuses caves mais nous n’avons jamais trouvé la « perle rare » pour nous motiver. 

En Espagne, nous avons fait une tentative en Galice, ce qui n’a finalement pas eu lieu, mais nous pensons que le destin fait bien les choses et que ce projet ne s’est pas concrétisé pour une raison. Nous continuerons donc à façonner le projet dans la Rioja et si une occasion se présente à nous à l’avenir, elle sera étudiée, mais cela n’est en aucun cas une obsession pour nous. 

Parmi les vins de la cave, du quel êtes-vous le plus fier aujourd’hui ?

Je vais en profiter pour faire ma blague habituelle. Le vin dont je suis le plus fier est sans aucun doute celui de Muga Crianza « NOTRE VIN DE LIEU-DIT (« PAGO » en espagnol) PARTICULIER » puisque c’est celui qui « PAYE » (« paga » en espagnol) les salaires à la fin du mois. 

Sachez qu’en ce sens, nous avons peu de concurrence dans cette gamme de vins, avec un tel volume et une qualité élevée. Peu de caves sont capables d’offrir cette qualité avec un tel volume et de figurer, année après année, dans l’élite des vins de crianzaBlague à part, le vin dont je suis peut-être particulièrement fier est notre Selección Especial. C’est un vin Reserva que je surnomme NOUVELLE GÉNÉRATION puisque nous avons ouvert un nouveau paradigme du TYPE DE RESERVA DE LA RIOJAUn reserva frais, actuel, vif et de grande qualité, laissant derrière lui des vins trop vieillis, oxydés aux « arômes tertiaires » que de nombreux clients fuient aujourd’hui.

Sur internet, vous êtes assez actif avec des dégustations virtuelles et des vidéos explicatives. Pour Muga, les réseaux sociaux sont-ils un nouveau canal de vente ?

Sans aucun doute, les caves comme la nôtre ont appris que ce nouveau canal ne doit pas être négligé. Il est vrai que nous devons le contrôler pour que tous les canaux coexistent, mais, sans aucun doute, c’est aujourd’hui une immense vitrine pour le monde que nous ne pouvons négliger. 

Malheureusement, la pandémie que nous vivons actuellement nous a appris son utilité et ce que j’apprécie beaucoup, c’est que grâce à ce canal, nous avons pu rester proches du client.

Il est vrai que la numérisation transforme la société.  Comment voyez-vous la quatrième génération de Muga ? 

Je pense qu’il est encore tôt car la 4ème génération est encore un peu jeune et seules les filles de mon cousin Manuel, qui semblent attirées par cette vocation, sont en âge de travailler. Mais elle semble bien se profiler. Dans la famille nous essayons chaque année d’organiser des réunions avec la 4ème génération pour leur faire part des activités de la cave et qu’elle apprenne à la voir telle qu’elle est : leur cave. Nous avons taillé, récolté, pressé des raisins et nous organisons des réunions de famille pour expliquer l’histoire de leur famille et leur origine. C’est très satisfaisant de voir un sentiment de fierté dans leurs yeux et rien que pour cela, cela en vaut la peine. 

Avec la pandémie, la consommation de vin à la maison a augmenté, pensez-vous que c’est une pratique temporaire ou qu’elle va perdurer ?

Cette tendance est venue pour rester. Avec ce confinement, les gens ont pris goût à ouvrir une bouteille chez eux (comme dans les films et séries américains) et à consommer avec modération. Ils ont vu qu’il est possible de consommer modérément sans affecter leur travail, beaucoup me disent même que cela les aide à se détendre. Je pense que cette pandémie va nous aider à renouer partiellement avec la tradition de consommer du vin à la maison, comme dans les années 40, 50 ou 60.

Outre le vin, une autre passion à laquelle vous consacrez votre temps libre ? Une activité qui vous apporte un sentiment similaire à celui du vin ?

Je dédie mon temps libre à ma jeune famille et à voyager avec eux. En fait, grâce à mes voyages, j’ai rencontré ma femme. Voyager et découvrir le monde est très similaire au vin car plus vous voyagez (goûtez), plus vous apprenez et plus vous vous enrichissez, cela vous permet d’ouvrir votre esprit pour être une meilleure personne (et un meilleur œnologue) et vous vous améliorez de jour en jour. 

Et enfin, pouvez-vous nous parler du dernier vin qui vous a agréablement surpris ?

Eh bien, je suis fier de dire que ce sont des vins de Rioja, et ce ne sont PAS des vins ROUGES. Dans le cadre de mon développement personnel et de la recherche d’un rêve que j’ai depuis des années, qui est de produire un grand vin Blanc de Rioja (qui sortira en février 2021, le Flor de Muga Blanco Reserva), j’ai goûté deux vins qui m’ont captivé : Remírez de Ganuza Blanco Reserva 2010 et Valenciso Blanco 2018. Avec d’autres grands vins blancs bien connus de la Rioja, je crois que le monde va découvrir l’immense potentiel de la Rioja en termes de vins blancs de haute qualité et que nous allons être la nouvelle révolution dans le secteur.

Decántalo